En Arménie j’avais une grande maison, mais ici je suis en sécurité

Comment êtes-vous arrivé en Belgique ?

‘J’ai fui l’Arménie il y a cinq ans pour les Pays-Bas. Là-bas, on nous attribuait un nouveau centre d’accueil tous les trois mois. Après je suis venu en Belgique. J’ai été accueilli au centre d’Yvoir et ensuite à Hotton. Mais depuis deux ans, j’habite avec ma femme et mes trois enfants à Charleroi. L’appartement n’est pas idéal, mais nous nous y sentons tout de même mieux que dans un centre.’

Aram a appris que sa demande d’asile a été refusée. Il est content de pouvoir bénéficier d’un bon accompagnement.

Quelle est la plus grande différence entre la vie dans un centre et la vie en appartement ?
‘Dans un centre d’accueil, vous restez un réfugié. En fait, vous ne vivez nulle part, ni dans votre propre pays, ni en Belgique. Depuis que j’ai emménagé avec ma famille dans l’appartement, je me sens beaucoup mieux. Je suis moins stressé, même si l’incertitude persiste. Mais au moins je suis traité en tant qu’être humain. Je peux aller où je veux et quand je veux. Mon assistante sociale m’aide vraiment pour tout. Cette aide est très importante. Il y a deux mois, j’ai reçu un courrier stipulant que ma demande d’asile avait été refusée et que je devais retourner dans un centre, dans une place de retour à Arendonk. Avec mon assistante sociale, nous avons introduit un recours contre cette décision. Comment puis-je retourner dans un centre, avec mes enfants qui se sont intégrés à Charleroi entre-temps, qui vont à l’école ici, qui ont des amis ? De plus, un centre d’accueil c’est invivable, je préfère encore vivre sous un pont.’

Quelles sont vos occupations ?
‘J’aimerais travailler. J’ai un diplôme de comptable et de cameraman. Je parle cinq langues: l’arménien, le russe, le néerlandais, le français et l’anglais. Je ferais n’importe quoi pour pouvoir subvenir aux besoins de ma famille et ne pas être dépendant d’allocations. De plus, cela me permettrait de connaître des gens. Avec un permis de travail provisoire, j’ai travaillé pendant sept mois dans une entreprise à Alost. Grâce au contact avec mes collègues j’ai appris à parler le néerlandais. Mais quand le permis a pris fin, l’employeur n’a pas pu me garder dans son service. Depuis je ne fais rien, mais ne rien faire et attendre me rend dingue…’

Quelles sont les expériences positives de votre séjour ?
‘Maintenant j’ai un très bon contact avec mes voisins. L’un d’entre eux tient un café, il a quatre-vingts ans et connaît mes problèmes. Par exemple, il me donne parfois un ticket gratuit pour le cirque: pour les enfants c’est fantastique. Je vois aussi que ma fille aînée aime aller à l’école ici. Elle se sent chez elle, elle a beaucoup d’amis. Mon autre fille a quatre ans et va à l’école maternelle. Entre elles, elles ne parlent que français, elles ne parlent même plus l’arménien. Pour elles la Belgique c’est leur maison, elles n’ont aucun lien avec l’Arménie.’

Quelles sont vos attentes pour le futur ?
‘Je n’ai pas d’attente. Je vis au jour le jour. Je ne vois pas de solution et il n’y a personne qui puisse m’aider. J’avais une grande maison en Arménie et un verger de pommes, je préférerais retourner dans mon pays. Mais tant que la situation politique ne changera pas, c’est impossible car je n’y suis pas en sécurité. Donc, je ne peux qu’espérer recevoir des papiers ici pour moi et ma famille, nous pourrions ainsi enfin avoir une vie normale, comme tout le monde. Travailler, aller à l’hôpital quand c’est nécessaire, aller nager avec les enfants, aller en vacances, etc.’

 

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