On est comme chez soi et on se sent digne

La famille habite dans une petite maison située sur un axe routier important, à Marchienne au Pont dans la région de Charleroi. Les enfants sont tous à l’école et c’est autour de petits gâteaux faits maison que Salah-Eddine et Selma répondent à quelques questions sur l’accueil.

Comment était votre vie dans le centre communautaire ?
‘Pour une famille de quatre enfants, dont une fille handicapée et deux filles adolescentes, c’est trop dur de vivre dans un centre. Dans un centre, il y a beaucoup d’hommes, beaucoup de jeunes, ce n’est pas facile d’y emmener deux jeunes filles. On les embêtait.

Ce n’est pas qu’on y était prisonniers, mais cela y ressemblait: il fallait manger à heure fixe. On n’avait pas le droit d’emmener de la nourriture dans la chambre, c’était un peu restreint.

En Algérie on menait une très bonne vie : nous étions commerçants et nous avions une boutique. Nous faisions des voyages, nous étions bien, nous avions un bel appartement, des vacances. Je venais de ce monde-là et arriver dans un autre monde, ce n’était pas facile pour nous, surtout quand on est dépourvu de tout.

Tout était loin du centre. Pour les trajets, sans la navette ou l’auto-stop… on ne pouvait bouger.

Dans un centre, on n’a pas de personnalité ni de parole, on nous enlève tout et on est dépourvu de tout. Quand on demande quelque chose, même au service infirmier, on reçoit comme réponse « après, après, après… je n’ai pas le temps… ».’

On aime aider les gens qui sont un peu perdus : si on aide aujourd’hui, on sera aidé demain

Qu’appréciez-vous le plus dans le logement individuel, quels sont les aspects les plus positifs ?
‘Ici, c’est autre chose, on se sent un tout petit peu « chez nous ». Le plus positif, c’est qu’on a notre dignité ici, par rapport au centre, c’est-à-dire qu’on se lève quand on veut, on mange à l’heure qu’on veut. Les enfants peuvent étudier la nuit ou de bonne heure, c’est plus libre. On est comme chez soi et on se sent digne.

L’équipe technique et l’équipe sociale sont bien. Il y a une bonne entente, ils sont vraiment toujours à l’écoute.’

Tout au long de votre parcours, quelle bonne expérience vous a marqués ?
‘Dès le deuxième jour au centre d’accueil communautaire, on a commencé à donner des cours de français et à faire les traductions « arabe-français-anglais ». On aime aider les gens qui sont un peu perdus : si on aide aujourd’hui, on sera aidé demain. Dans le centre, c’est nous qui l’avons proposé. Les gens avaient besoin de nous et nous respectaient de ce fait là.

On apprécie d’être tous ensemble, c’est-à-dire qu’on est tous ici. Il y a plein de souvenirs, ici c’est bien, malgré le peu qu’on a, c’est bien. Dans l’ensemble, c’est positif.’

Quelles sont vos attentes pour le futur ?
‘Le futur… Il est suspendu, pour l’instant, par la décision des instances d’asile. On n’a pas le droit de travailler. Or, j’ai toujours travaillé dans ma vie, j’ai fait de la gestion et du technique, j’avais des commerces, j’ai fait de l’importation, je connais plusieurs domaines.

Si on a nos papiers, je vous assure qu’on fera des miracles. La première chose qu’on fera, c’est trouver un logement. La deuxième et la plus importante, c’est chercher un travail. Moi je ne fais pas partie des gens qui restent à la maison à ne pas travailler, d’ailleurs maintenant je me sens à la « retraite anticipée ». C’est l’ennui. On se sent vieillir…

On pourrait avoir un futur extra ici, surtout avec nos enfants, ils sont volontaires. Notre fille qui n’a jamais étudié et ne connaît pas le français, a pu étudier ici et a de bonnes notes. Elle s’est accrochée.’

En quoi pourrait-on améliorer votre situation d’accueil ?
‘Il devrait y avoir plus de traducteurs au service social. Il en manque et les gens sont un peu perdus. L’interprétariat est très important, les cours aussi.
Dans l’ensemble c’est positif, on ne manque de rien, il y a l’entente, il y a tout…’

 

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