Dans mon logement, je m’organisais en toute liberté

Où étiez-vous accueillie avant ? Quelle a été votre expérience ?

‘J’ai été accueillie pendant deux ans au centre communautaire de Fedasil à Jumet : on logeait jusqu’à 8 ou 10 personnes par chambre. Si je dois voir le bon coté des choses, je peux dire que j’y ai beaucoup appris. Mais ce n’était pas agréable, on étaient mélangé, sans tenir compte de l’âge ou de la maturité: comment peut-on mettre dans une même chambre une femme de 60 ans avec une femme de 20 ans ou des mineures? Ce n’était pas du tout confortable. Tu as envie de te reposer et tu n’y arrives pas. Il n’y a pas d’intimité, ce n’est pas très facile à vivre.’

Êtes-vous satisfaite des conditions d’accueil dans le logement individuel ? Quels avantages et quelles difficultés voyez-vous ?
‘Au bout de deux ans, et c’était une chance pour moi, j’ai pu quitter le centre de Fedasil pour un logement individuel. J’étais vraiment contente. Heureusement, je connaissais déjà Charleroi, la ville où j’habitais.

Dans mon logement, je préparais ce que je voulais, à mon goût, quand je voulais, et je gérais comme je voulais mon budget mensuel. Je m’organisais aussi en toute liberté. Personne ne me disait « tu sors à telle heure, tu dois te mettre à table à telle heure ». Dans un centre communautaire, c’est comme si vous étiez privée de liberté, il y a des heures ou vous devez vous présenter pour manger, des heures pour rentrer, et on n’a que dix jours par mois pour rendre visite à des amis.

Mon assistante sociale était disponible pour moi. Une chance, sans doute, que je maîtrise la langue, c’est plus facile. Quand vous êtes réfugié, vous avez déjà perdu vos repères et vous avez beaucoup de problèmes. En plus, il y a la question de la langue, alors si vous n’avez pas un assistant social costaud en cette matière, cela peut être problématique.’

Avoir son propre logement c’est génial, ça soulage au niveau psychologique

Durant ce séjour, quelle expérience positive avez-vous vécue ?
‘J’ai créé une association pour venir en aide aux personnes en difficulté, j’ai beaucoup aidé des femmes, des hommes, même si ils ne partageaient pas le même bâtiment avec moi. C’était impossible pour moi de voir une femme souffrir sans lui venir en aide. Alors je me suis faite accompagnatrice des primo-arrivants de notre structure d’accueil, qui ne connaissaient pas la ville ou les hôpitaux.

Je me suis créé de bonnes relations… Un climat paisible, c’était agréable. On mangeait les uns chez les autres. Si on avait des problèmes, on se demandait, on allait frapper à une porte, on s’entraidait pour les traductions ou la compréhension des courriers. On était comme une famille.’

Qui vous a le plus aidé durant ce parcours ?
‘Il y a mon avocate d’abord, c’est une femme dynamique qui m’a marquée par sa façon de travailler. Mon assistante sociale du centre Fedasil m’a marquée également. Elle m’a beaucoup aidée alors que je me sentais déracinée de chez moi, de tout. Elle m’a mise entre les mains d’une bonne avocate. Sans oublier le directeur du centre communautaire qui était aussi sympa.

Dans mon logement, mon assistante sociale s’est, à chaque fois, montrée disponible et m’orientait sur ce que je devais faire.’

Quelles sont vos attentes pour le futur ?
‘Il est difficile de voir le futur en Belgique et d’imaginer trouver un boulot quand on a une cinquantaine d’années. Il y a moins de chances même si je sais que c’est possible. Mais mes attentes portent plus sur ce que je pourrais apporter. J’ai été déracinée de chez moi et j’ai fait des études, ce n’est pas pour rien. J’aimerais me mettre au service des autres et me sentir utile, sans attendre un potentiel boulot qui n’arriverait peut-être jamais. J’aimerais monter une association au service de personnes en difficulté, qui défende les droits des femmes et des filles, et lutte contre toutes les violences qui leur sont faites, à commencer par celle du viol.’

Qu’est-ce qui pourrait encore améliorer votre situation d’accueil ?
‘Donner un logement à une personne et lui donner de quoi vivre, mettre à sa disposition un assistant social et un avocat, c’est déjà beaucoup.

Peut-être juste qu’il faudrait un peu mieux organiser la propreté. Que la structure d’accueil nous guide un peu plus et nous indique le jour où les poubelles passent, dise aux gens de balayer devant leur porte, assure le nettoyage des lieux communs par exemple.’

 

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